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Italie: Alerte rouge dans l'Union européenne!

[Info juste 7J/7 GL9News.com - Mardi 29 Mai 2018 - 0 Commentaire| Lu 590 fois |

Avec l'Italie, le poids des pays qui refusent l'orthodoxie de Bruxelles devient considérable dans l'Union. Attention, danger!



L'Union européenne serait-elle en train de vivre une lente agonie après 60 années de patiente construction ? Avec la chaotique et incertaine accession au pouvoir en Italie de la Ligue du Nord, proche de l'extrême droite, et du Mouvement populiste 5 Étoiles (M5S), l'UE entre à coup sûr dans une nouvelle et dangereuse période de turbulences pour la troisième fois en 6 ans après la crise grecque de 2012 et le vote du Brexit en 2016.

Le péril, cette fois, est d'autant plus grand que la péninsule italienne demeure, malgré ses difficultés, la troisième puissance économique européenne et la neuvième mondiale avec un Produit intérieur brut en 2017 de 1858,91 milliards de dollars. Elle fait surtout partie du club des six pays fondateurs de l'Europe avec l'Allemagne, la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas. Ce fut même à Rome que fut signé le 25 mars 1957 le traité qui la porta sur les fonts baptismaux.

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La volonté du Mouvement 5 Étoiles et de la Ligue du Nord de s'affranchir des règles de Bruxelles sur le terrain économique et budgétaire avec une politique de relance de la dépense publique, ou sur la question de l'immigration, soulève donc bien des interrogations. L'erreur serait de s'en tenir à des analyses purement techniques ou financières.

Certes, on peut se demander si un pays dont l'endettement atteint 131,8% du produit intérieur brut peut ainsi larguer les amarres sans rapidement couler. La Grèce voulut tenter la même aventure et dut très vite revenir à la raison bruxelloise. De toute évidence, cet échec n'a pas servi de leçons. Les électeurs italiens ont choisi le même chemin et ouvert les portes du pouvoir à des hommes bien décidés à ne pas céder aux injonctions de Bruxelles dans de nombreux domaines.

Une portée symbolique plus grande que la révolte grecque d'hier

Beaucoup pensent que la réalité les rattrapera s'ils forment un gouvernement et ramènera vite Rome, comme Athènes hier, dans le système. Peut-être mais cette dissidence italienne a une portée symbolique beaucoup plus grande que la révolte grecque d'hier.

Du fait, d'abord, du poids de l'économie transalpine. Certes, elle est malade mais son PIB est dix fois supérieur à celui de la Grèce. Un effondrement italien constituerait un énorme séisme en Europe et au-delà. C'est en outre l'un des piliers historiques de l'Union qui s'écroulerait et signerait ainsi son échec.

Ce probable pas de côté italien relance, également, une question nouvelle soulevée par les décisions internationales unilatérales de Donald Trump depuis 18 mois : le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, la dénonciation de l'accord de partenariat transpacifique, la sortie de l'accord de Paris sur le climat. Que valent des traités internationaux quand les États décident de ne plus respecter leur signature et de s'affranchir des règles qu'ils ont acceptées ? Si elle dérogeait à ses engagements européens de toujours, l'Italie ferait définitivement sauter des vannes qui, de fait, fuient déjà beaucoup.

La Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie défient désormais ouvertement et régulièrement les exigences de Bruxelles dans bien des domaines, à commencer par le respect des libertés fondamentales ou des décisions sur l'immigration. Une contestation qui pèse de plus en plus lourd démographiquement et économiquement. L'Italie et ces 4 pays de l'Europe de l'est réunis dans le groupe dit de Visegrad représentent près d'un quart de la population de l'Union européenne et 17% de son PIB global. 125 millions d'Européens sont à présent représentés par des gouvernants qui n'entendent plus suivre les lois de l'Union le petit doigt sur la couture du pantalon et se moquent bien des engagements qui ont été paraphés par leur pays.

La réponse de l'Europe inaudible

Comment a-t-on pu en arriver là? Comment un pays fondateur de l'Union et de nouveaux entrants ont-ils fini par ne plus croire en elle ? Tous, pourtant, ont très largement bénéficié de ses subsides et ne peuvent lui reprocher de ne pas les avoir aidés. Les uns lorsqu'ils ont retrouvé leur liberté après des années de dictature soviétique. Et Rome pour gérer un pays à deux vitesses, le Nord très riche, le Sud déshérité.

Il est évident que, dans tous ces États, la question migratoire a catalysé les inquiétudes sur l'avenir et les interrogations sur une politique européenne bureaucratique, peu lisible et pas compréhensible par la plupart des citoyens. Partout où le doute a surgi sur son efficacité et sur ses exigences, la réponse de l'Europe a été technocratique et donc inaudible, réservée à l'analyse des experts. La conjugaison de la crise financière de 2008 et de la crise migratoire de ces dernières années a particulièrement accéléré les tendances centrifuges.

Malgré un déficit qui respecte les exigences de Bruxelles, l'Italie ne retrouve pas sa prospérité d'avant 2008 : le nombre de pauvres y est passé de 1,7 millions en 2006 à 4,7 millions en 2016; on y recense 1,6 million de familles, soit 7,9% de la population, en situation de "pauvreté absolue"; le chômage de 5,7% en 2007 a bondi à plus de 10%, atteignant jusqu'à 13% en 2014; la croissance y est faiblarde, 1,1% en 2017 quand la moyenne européenne est supérieure à 2%; la production industrielle y est inférieure de 20% par rapport au niveau de 2007! L'exigence bruxelloise de 3% de déficit maximum, respectée par Rome (2,3% en 2017), ne peut donc dissimuler un affaissement économique, un effondrement de terrain qui éclaire le comportement de l'électorat italien lors des législatives du 4 mars dernier et le pouvoir tendu à la Ligue du Nord et à M5S. Ajoutons la solitude italienne dans la gestion des vagues d'immigrés qui débarquent sur les côtes de la Péninsule.

Dans ce contexte, l'apostrophe arrogante lancée l'autre dimanche aux Italiens par Bruno Le Maire est une immense maladresse : "Chacun doit comprendre en Italie que l'avenir de l'Italie est en Europe et nulle part ailleurs, et pour que cet avenir soit en Europe il y a des règles à respecter.

" Aussitôt accusé d'ingérence dans les affaires intérieures transalpines, le ministre français de l'Économie s'est attiré cette cinglante réplique du leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini : "Que les Français s'occupent de la France et ne mettent pas leur nez dans les affaires des autres." Aurait-il voulu provoquer un réflexe nationaliste italien, y compris chez les europhiles, que Bruno Le Maire ne s'y serait pas pris autrement.

Le 17 mai dernier à Sofia, Emmanuel Macron s'était montré beaucoup plus diplomate en déclarant : 'Il faut accepter ce que les peuples décident." Les avertissements de la commission de Bruxelles adressés par la voix de son vice-président letton, Valdis Dombrovskis, au nouveau gouvernement italien mardi dernier ont aussi été prudents et nuancés : "La commission européenne ne se mêle pas par principe de la politique nationale. Mais, pour nous, il est important que le gouvernement italien maintienne le cap et mène une politique budgétaire responsable."

La nation comme meilleur bouclier que l'Union

Ces réactions traduisent évidemment l'inquiétude de Bruxelles et des tenants de son orthodoxie mais elles révèlent aussi une incompréhension devant le désamour qui frappe l'Europe en Italie, dans la Mittle Europa mais aussi, avec plus ou moins d'intensité, dans tous les États membres de l'Union. Les admonestations budgétaires ne peuvent qu'exaspérer des peuples qui doutent et ne perçoivent plus ce que leur apporte concrètement le projet européen. Ils ne le rejettent pas mais une profonde crise de confiance les traverse et une majorité ne croit plus aux mesures que propose Bruxelles pour répondre à leurs difficultés.

Depuis des mois Emmanuel Macron s'emploie à relancer l'UE et multiplie les discours. Sans doute prend-il la mesure des dangers qui s'avancent, reste que ses propositions, souvent technocratiques, ne trouvent un écho que chez les europhiles - et encore ! - et dans un cercle d'initiés. Or c'est aux peuples qu'il faut à présent s'adresser pour redonner un sens à cette Union devenue branlante, en démontrer la nécessité pour maintenir la paix et surtout pour redonner un horizon à des citoyens qui ne croient plus qu'elle rime avec la prospérité qu'elle a longtemps apportée et qu'elle ne parvient plus à garantir.

Pour nombre d'Européens "le un pour tous et tous pour un" de l'Europe des origines agonise, la solidarité entre les pays s'effrite, notamment sur les questions brûlantes d'immigration, et le bien-être n'est plus une certitude. Du coup, le repli sur soi gagne et la nation semble être un meilleur bouclier que l'Union.

C'est la leçon qu'il faut tirer de la situation italienne, événement considérable qui exige autre chose que des sommations extérieures et des menaces financières. Tous les sondages en témoignent, la fracture est dans la plupart des peuples européens et les répliques de l'actuel séisme transalpin, sans compter le risque nouveau de déstabilisation du gouvernement espagnol, peuvent y provoquer encore bien des dégâts.

(avec challenges.fr)

Mardi 29 Mai 2018
GL9News.com
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