Connectez-vous S'inscrire
Infos Utiles...
Gabonlibre.com
GL9News.com
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Corruption en Afrique : la thérapie par l’exemple

[Info juste 7J/7 GL9News.com - Mardi 13 Février 2018 - 0 Commentaire| Lu 465 fois |

On peut en parler, le critiquer, s'inquiéter, s'énerver, la corruption bat son plein et est de plus en plus «sophistiquée» ce qui rend de plus en plus difficile la lutte. Dans son article, Kassim Hassani, lance un véritable plaidoyer contre la corruption des dirigeants africains. En citant plusieurs exemples sur le continent, il proteste contre le silence excessif entourant la corruption. La corruption est une longue chaîne qui va du haut vers le bas mais une chose est certaine, si le sommet (l'état) ne fait pas d'efforts, l'inertie sera longue et profonde.



Au 30ème Sommet de l'Union africaine en janvier 2018 à Addis-Abeba, les dirigeants africains se sont lancés dans la lutte contre la corruption, l'un des principaux défis. Cependant, cette impulsion volontariste soulève de nombreuses questions car, bien que la majorité des chefs d'Etat africains se déclarent contre la corruption, beaucoup en font encore quotidiennement usage. L'augmentation constante du nombre de dirigeants bloqués dans les scandales de corruption prouve que la corruption n'est plus seulement une gouvernance dysfonctionnelle, mais est devenue un mode de gouvernance. Comment sortir?

Sortir de l'avertissement

Selon le Rapport 2016 des Nations Unies sur la gouvernance en Afrique, la corruption est l'un des principaux obstacles à la transformation structurelle du continent. Sur les soixante Etats du continent, seuls trois (Botswana, Cap-Vert, Maurice) se détachent de la grande famille des pays corrompus, parmi lesquels figurent le Burundi, l'Angola, l'Erythrée, la Libye, le Soudan, la Somalie.

De nombreuses études soulignent que le manque de bonne gouvernance, la faiblesse des institutions, des mécanismes de régulation inefficaces, des cadres juridiques et réglementaires inadéquats et des mécanismes d'application inefficaces sont le fondement de la corruption en Afrique. Il semble donc urgent de sortir du déni de responsabilité dans lequel les dirigeants africains sont enfermés. En effet, si les chefs d'État africains combattent publiquement la corruption, ils font très peu pour enrayer le fléau.

Dans ce domaine, tout commence par le désir de donner le bon exemple. La grande majorité des dirigeants africains sont arrivés au pouvoir grâce à la corruption électorale, soit parce qu'ils étaient directement impliqués, passifs ou bénéfiques. Cependant, la corruption électorale est endémique en Afrique. Il favorise la montée de leaders vertueux, dont le lien avec le monde des affaires est un fait établi.

Ces chefs d'Etat africains, insouciants dans le bien-être du peuple, mènent une guerre contre la petite corruption tandis que l'omerta règne sur la corruption de l'Etat. Cette situation est susceptible de fausser le signal envoyé à la population sur ce qui est acceptable ou non en termes de corruption. D'une part, la lutte contre la corruption est utilisée pour anéantir les voix discordantes et la hype de contestation au sein de l'opposition ou même de la famille politique, tandis que d'autre part, les rentes issues de la corruption servent à asservir les institutions de la République. afin de les aider à altérer la Constitution pour s'accrocher au pouvoir.

Ces réalités soulèvent des doutes quant à la sincérité des présidents africains pour s'engager dans une véritable lutte contre la corruption. L'affaire de biens mal acquis impliquant plusieurs familles présidentielles africaines a ravivé la nécessité pour les présidents africains de faire une déclaration officielle de leur héritage à l'entrée et à la sortie de leur bureau présidentiel. Cela devrait être la responsabilité de toutes les personnes impliquées dans la chaîne de dépenses de l'Etat. Sinon, ce combat lancé par l'UA équivaudrait à mettre la charrue avant les boeufs.

La promotion de la démocratie contribue à la limitation des pouvoirs des dirigeants ainsi qu'au renforcement du contrôle institutionnel et social de l'usage de ce pouvoir. Il impose donc des réformes structurelles pour renforcer l'équilibre institutionnel. Plusieurs actions sont possibles: par exemple, opter pour des fonctions publiques moins lourdes et mieux rémunérées pour réduire la politisation de l'administration concernée, assurer un financement public à un niveau satisfaisant pour les partis politiques, construire un Etat protecteur et neutre avec des leviers sociaux, judiciaires , contrepoids politiques et économiques.

Optez pour un exemple de thérapie

Pour contrer la corruption, il faut indéniablement améliorer la gouvernance au sommet. Les chefs d’Etat peuvent d’ores et déjà donner l’exemple avec des procédures transparentes et traçables dans la gestion des affaires publiques, en l’occurrence les contrats miniers ou les concessions avec les multinationales. Par exemple, les Tchadiens se demandent encore aujourd’hui à quoi a servi la manne pétrolière au temps des vaches grasses.

Au Bénin, de sérieux doutes subsistent sur les conditions d’adjudication de la mise en concession du port et de l’aéroport de Cotonou. Au Niger voisin, c’est un éternel brouillard autour des contrats d’uranium. Le cas de l’Afrique du Sud avec le Président Jacob Zuma est si retentissant qu’il est devenu ces temps derniers le symbole de la corruption au sommet de l’Etat.

Si les chefs d’Etat de l’UA veulent réellement endiguer la corruption, ils doivent adopter la réédition des comptes, c’est à dire respecter les règles qu’ils ont eux-mêmes mises en place. Il s’agit avant tout d’éviter un combat sélectif et partial dans la lutte contre la corruption. L’une des clés du succès est de ne pas faire de la lutte un instrument d’oppression et d’intimidation des voix discordantes.

Dès lors, la nécessité de se doter de lois et des dispositions qui tiennent compte des valeurs humaines, la démocratie et qui respectent chacun dans sa personne, ses droits, ses obligations et ses aspirations, pourra féconder la lutte en succès. Il s’agira surtout de renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire et de la crédibiliser par un système transparent.

Si cette la thérapie par l’exemple est essentielle à la lutte, elle ne fait pas abstraction de la question des incitations. La corruption sur le continent résulte aussi des effets pervers des politiques occidentales, qui au fond ne visent qu’à servir leurs propres intérêts. Les chancelleries occidentales ont le devoir moral d’œuvrer pour sortir de cette coopération douteuse par la corruption. À l’opposé, ils peuvent geler les avoirs douteux, organiser un contrôle rigoureux de l’aide au développement, et récompenser les dirigeants les plus vertueux.

Cette transformation positive de l’environnement aura un impact culturel décisif sur les mentalités du citoyen lambda, artisan ou bénéficiaire de la petite corruption. Si les chefs d’Etat ont eu le mérite de faire le diagnostic, il est peu probable qu’ils instaurent une lutte efficace. Le combat contre la corruption implique une reconversion des mentalités du sommet à la base. Ainsi elle cessera d’être vue comme une peccadille ou une émanation culturelle.

Kassim Hassani, journaliste béninois.


Mardi 13 Février 2018
GL9News.com
Vu (s) 465 fois
Notez



News en Afrique | Afrique du Sud | Cameroun | Cote d'Ivoire | Nigeria | RDC | Sénégal | Congo Brazzaville | Maghreb | Burkina Faso | CEMAC | Union Africaine | Afrique de l'Ouest | Afrique Centrale | Economie Africaine | Nouvelle Afrique